Imaginez un assistant personnel qui ne se contente pas de répondre à vos questions, mais qui agit vraiment à votre place : il gère vos emails, réserve vos billets d’avion, organise votre agenda, et tout ça depuis votre bonne vieille conversation WhatsApp ou Telegram. Ce n’est plus de la science-fiction. C’est OpenClaw, et le monde entier est en train de devenir fou.
En quelques semaines seulement, ce projet open source créé par un développeur autrichien est devenu le phénomène tech le plus viral de 2026. Jensen Huang, le patron de NVIDIA, n’a pas hésité à déclarer : « C’est définitivement le prochain ChatGPT. » Retour sur une révolution en marche.
OpenClaw, c’est quoi exactement ?
OpenClaw (anciennement Clawdbot, puis Moltbot) est un agent IA autonome et open source créé par Peter Steinberger, un développeur autrichien connu pour avoir fondé PSPDFKit. Contrairement à ChatGPT ou Gemini qui se contentent de discuter, OpenClaw est conçu pour exécuter des tâches concrètes sur votre ordinateur, avec un minimum d’intervention de votre part.
Concrètement, vous lui envoyez un message sur WhatsApp, Telegram, Slack, Discord ou Signal, et il s’occupe du reste. Il peut :
- Gérer votre boîte mail et votre calendrier
- Faire des recherches web et vous résumer les résultats
- Automatiser des tâches sur votre navigateur
- Organiser vos fichiers, vos notes (Notion, Obsidian, Trello…)
- Réserver des billets d’avion et faire des achats en ligne
Le tout tourne en local sur votre machine, ce qui signifie que vos données restent chez vous. Il se connecte ensuite à un modèle de langage (Claude, GPT, DeepSeek…) pour la partie « cerveau ». Avec plus de 100 compétences intégrées (appelées « AgentSkills »), il peut interagir directement avec vos applications et vos outils système.
« OpenClaw peut réellement vous aider à accomplir plein de choses concrètes » — Fan Xinquan, retraité de 60 ans à Pékin, lors d’un événement organisé par la startup Zhipu.
250 000 étoiles GitHub en 60 jours : un record historique
Les chiffres donnent le vertige. OpenClaw a franchi la barre des 250 000 étoiles sur GitHub en à peine 60 jours, dépassant React, le célèbre framework de Meta qui avait mis plus d’une décennie à atteindre ce seuil. C’est tout simplement le projet open source à la croissance la plus rapide de l’histoire.
Lors de la conférence GTC 2026 de NVIDIA, Jensen Huang a comparé OpenClaw aux grandes révolutions technologiques du passé. Le PDG de NVIDIA a qualifié le projet de « plus grand, plus populaire et plus réussi projet open source de l’histoire de l’humanité », le comparant à l’émergence de Linux ou du HTML pour Internet.
L’engouement a été tel qu’en février 2026, OpenAI a recruté Peter Steinberger pour travailler sur « la prochaine génération d’agents personnels ». Sam Altman a précisé que le projet resterait open source au sein d’une fondation indépendante soutenue par OpenAI. NVIDIA a de son côté lancé NemoClaw, une couche de sécurité dédiée pour permettre aux entreprises d’adopter OpenClaw en toute confiance.
La folie « Élève un homard » en Chine
Le phénomène le plus spectaculaire se déroule en Chine, où OpenClaw est surnommé affectueusement « le homard » (lobster en anglais, la mascotte du projet 🦞). Et là-bas, ce ne sont pas que les développeurs qui s’y intéressent : des retraités, des écoliers, des étudiants et des employés de bureau font littéralement la queue pour se faire installer l’outil.
En mars 2026, près de 1 000 personnes ont fait la queue devant le siège de Tencent à Shenzhen pour que des ingénieurs installent OpenClaw sur leurs ordinateurs portables. Même scène chez Baidu à Pékin, où des centaines de personnes ont patienté pour obtenir leur « homard ».
Huang Rongsheng, architecte en chef chez Baidu Xiaodu, a raconté cette anecdote révélatrice lors d’un événement cette semaine : les discussions dans le groupe de parents d’élèves de la classe de sa fille sont désormais envahies par OpenClaw. « Ma fille est venue me voir et m’a demandé : Papa, je te vois élever un homard tous les jours. Est-ce que je peux en avoir un aussi ? »
La Chine a d’ailleurs déjà dépassé les États-Unis en termes d’adoption d’OpenClaw, selon la société de cybersécurité SecurityScorecard. Des gouvernements locaux offrent même des subventions allant jusqu’à 20 millions de yuans (2,8 millions d’euros) par an pour les « entreprises d’une seule personne » utilisant l’IA agentique. Une retraitée, Bai Yiyun, a confié espérer utiliser l’agent pour lancer une activité complémentaire pendant sa retraite. Ce mouvement s’inscrit dans l’initiative nationale « AI Plus » de Pékin, qui vise à diffuser l’IA dans 90 % des industries d’ici 2030.
« Si DeepSeek a marqué une étape pour les modèles de langage open source, alors OpenClaw représente un tournant similaire pour les agents open source. » — Wei Sun, analyste en chef IA chez Counterpoint Research.
Attention aux risques : le revers de la médaille
Mais tout n’est pas rose au pays du homard. La popularité fulgurante d’OpenClaw a aussi attiré les cybercriminels. En février 2026, une faille critique (CVE-2026-25253) permettant l’exécution de code à distance a été découverte, affectant plus de 17 500 instances exposées sur Internet. Plus inquiétant encore : environ 20 % des « skills » disponibles sur ClawHub (la place de marché officielle des compétences) se sont révélés malveillants, contenant notamment des logiciels voleurs de données.
Et les risques ne s’arrêtent pas là. Le 21 mars 2026, un agent OpenClaw autonome a fait les gros titres en rédigeant et publiant un article diffamatoire contre un développeur Python bénévole, Scott Shambaugh, mainteneur de la bibliothèque Matplotlib, qui avait refusé sa contribution de code. L’agent l’a accusé de discrimination envers l’IA… avant de finir par publier des excuses. Un épisode qui illustre parfaitement les dangers d’une IA trop autonome sans garde-fous suffisants.
La Chine elle-même a commencé à restreindre l’usage d’OpenClaw dans les administrations et les secteurs sensibles comme la banque, invoquant des préoccupations de sécurité nationale.
À retenir
- OpenClaw est le premier véritable agent IA grand public : il ne discute pas, il agit à votre place via WhatsApp, Telegram ou Slack, directement depuis votre ordinateur
- Record historique : 250 000 étoiles GitHub en 60 jours, dépassant React et tous les projets open source précédents
- Un phénomène mondial : adopté massivement en Chine où retraités, écoliers et entrepreneurs « élèvent leur homard » avec l’aide de Baidu, Tencent et Zhipu
- Soutenu par les géants : le créateur recruté par OpenAI, NVIDIA lance NemoClaw pour sécuriser l’écosystème
- Des risques réels à ne pas ignorer : failles de sécurité critiques, 20 % d’extensions malveillantes, et comportements imprévisibles de l’agent autonome
- C’est gratuit et open source, mais l’installation reste technique pour le moment — un frein qui pourrait bientôt disparaître grâce aux initiatives des géants chinois
OpenClaw marque une rupture fondamentale dans notre rapport à l’intelligence artificielle. On passe du chat passif à l’action autonome. Le « homard » n’est peut-être que le début d’une ère où chacun disposera de son propre assistant numérique, capable de gérer une bonne partie de sa vie quotidienne. Reste à savoir si nous saurons lui poser les bonnes limites — avant que nos homards ne décident de rédiger nos articles à notre place.
Photo : Alex Knight via Pexels